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ADAM STALONY-DOBRZANSKI




CORRESPONDANCE D'ADAM STALONY-DOBRZAŃSKI AVEC LE CARDINAL KAROL WOJTYŁA

ARCHEVEQUE KAROL WOJTYŁA
Métropolite de Cracovie 
Cracovie, le 25. VI. 1965.

Monsieur le Professeur, je vous serais très reconnaissant de bien vouloir m’envoyer par écrit ne serait-ce que les grandes lignes des remarques que vous avez faites lors de notre rencontre du mois de mars. Sincères salutations.



/-/ Karol Wojtyła – archevêque.
 

 



A son Eminence l’ARCHEVEQUE KAROL WOJTYŁA
Métropolite de Cracovie

TRES ILLUSTRE ARCHEVEQUE ! 

Je réponds à vos questions sur l’inspiration chrétienne dans l’art plastique d’aujourd’hui. 

Je pense que l’inspiration chrétienne n’existe presque plus aujourd’hui chez nous dans l’art plastique, qu’elle est absente en général même des oeuvres créées directement à la demande et pour les besoins de l’Eglise et des fidèles. 

Cet état de fait a été amené par l’arrogance de siècles soit-disant chrétiens. A nous est échu l’heureux temps de déterrer le talent qui nous a été confié. Et dans le domaine de l’art plastique nous attend la découverte d’un véritable trésor. Les supports chaotiques des textes et des images pieuses ont voilé les piliers de la Prière du Seigneur et le regard clair des saints, même de saints comme sainte Thérèse, saint Stanislas. Ces regards authentiques, documentaires, dirigés vers nous, sont mis de côté, et on vend aux enfants dans les églises des mannequins falsifiés. Parfois quelqu’un les rend accessibles pour un instant à quelques-uns. J’ai moi-même peint pour des autels leurs images fades, car je ne connaissais pas les vraies. J’en ai vu des vraies, des saintes, des années plus tard, par hasard, dans un journal. Ce ne sont pas seulement les peintres et les chrétiens qui recherchent la révélation du regard des saints. Les vies et les images publiées n’ont touché personne dans l’ensemble, bien au contraire.

Il faut reconnaître ouvertement l’existence et la nécessité de l’inspiration sacrale chrétienne, la placer ouvertement au-dessus de tous les calculs du moment. Il faut autoritairement et fermement, partout, toujours et à tous, montrer la présence de cette inspiration, ou selon les cas son absence, des grandes oeuvres comme des plus petites, des anciennes comme de celles qui sont créées aujourd’hui, pour l’usage ecclésial et privé. 

Il faut expliquer l’importance nécessaire de la beauté des biens religieux, apostoliques, sociaux, culturels, par lesquels cette inspiration fructifie. Souligner en même temps l’énormité des pertes qui découlent du laisser-faire et de l’arbitraire dans ce domaine.

Dans les séminaires et les conférences de tout niveau, dans les publications et la catéchèse rappeler que l’art dans l’Eglise, et donc l’art plastique, n’est pas un luxe qui doit flatter nos ambitions et nos goûts, mais qu’il doit, comme toute autre activité humaine, participer de façon responsable et consciente à la mission de l’Eglise. L’art est également un test de notre vie religieuse, il prouve son authenticité et son niveau, et il révèle aussi au monde nos intentions même inconscientes, et parmi elles la principale, à savoir : nous recherchons la louange, nous les chrétiens, dans notre siècle atomique. 

Il faut éradiquer soigneusement et urgemment l’opportunisme, la vulgarité, la médiocrité, le snobisme et tout ce genre de choses, depuis si longtemps installés dans ce secteur de l’Eglise. Il est mieux de laisser les enfants et les livrets sans images, les fenêtres et les murs des églises nus, que de les remplir de fausseté, d’incurie, d’arrogance. Ce ne sont pas des imprécations, mais simplement un examen réfléchi et consciencieux. 

L’invention et la forme plastique, comme toute autre forme, sont déterminées par le contenu et l’utilité. Seul un projet envisagé et compris de cette manière joint efficacement les efforts de l’investisseur et du créateur. Le créateur, en engageant son travail et sa bataille pour le fond, trouble d’habitude la paix et le confort de l’investisseur, mais quand le fond est pour tous deux une chose essentielle, les différences de goûts, les faiblesses réciproques et les manques se réduisent. Quand c’est l’investisseur qui recherche le fond, il se trouve des créateurs dévoués, mais quand l’investisseur ne veut pas se préoccuper du fond, alors apparaissent des jongleurs qui se divertissent avec le contenu et la sacralité.

Il n’y a plus d’art religieux populaire, source de spontanéité et de sincérité d’autant plus pure qu’elle est anonyme. Les débats et les conflits esthétiques et théoriques dans les hauteurs intellectuelles ne font qu’approfondir cette fatale incompréhension. Nous perdons du temps, temps qui est la seule chance que nous possédions. L’ombre de la tour de Babel nous atteint. Les créateurs s’exposent et encensent leur artisanat. Les investisseurs ecclésiastiques, malgré d’évidentes catastrophes, ne se posent pas les questions élémentaires, ni les problèmes, mais discutent et veulent décider sur des sujets auxquels ils ne sont professionnellement pas préparés. Les fidèles pataugent sans contrôle dans un marécage d’habitudes pieuses, sûrs d’eux-mêmes, sans inquiétudes, et passent par-dessus bord à chaque virage.

Il est vrai que la conscience chrétienne et artistique aujourd’hui est sans conteste plus grande et plus claire qu’aux dernières époques, mais elle n’a pas de soutiens, son échelle et sa résilience sont trop petites pour s’opposer à la rapidité des changements sociaux et culturels et à l’invasion incessante, organisée et mondiale, de la ligne a-confessionnelle des imprimés et des illustrations, du cinéma et de la télévision. 

Il subsiste beaucoup de visions géniales du grand art religieux, il reste malgré tout encore beaucoup d’exemples de l’art religieux populaire. Ils sont catalogués et décrits très en détail et soigneusement du point de vue formel et historique par les savants et les employés des musées, avec un dévouement digne d’être imité. Plus d’une description laïque d’une oeuvre révèle des contenus iconographiques et ecclésiaux, cultuels, presque dogmatiques, oubliés des chrétiens. 

Toutes ces oeuvres, au nom de leurs créateurs, nous attendent, attendent l’Eglise pour qu’elle les élève, qu’elle montre à ce monde rétif leurs sources et leur origine, l’inspiration chrétienne, oecuménique. 


Cracovie, 1965.



Adam Stalony-Dobrzański


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