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ADAM STALONY-DOBRZANSKI




PARIS

ENTRE L'ORIENT ET L'OCCIDENT : LES VITRAUX D'ADAM STALONY-DOBRZANSKI, CONFERENCE AU CENTRE SCIENTIFIQUE DE L'ACADEMIE POLONAISE DES SCIENCES A PARIS — OCTOBRE 2013

JAN STALONY-DOBRZAŃSKI
UNE CATHEDRALE DE LUMIERE – LES VITRAUX D’ADAM STALONY-DOBRZAŃSKI 

Pourquoi Adam Stalony-Dobrzański, pourquoi présentons-nous aujourd’hui en France justement cet artiste ? La Pologne, pays jadis puissant et riche, dont la victoire à la bataille de Vienne ne peut être comparée qu’à la victoire française de Poitiers, est la patrie de nombreux génies de l’art, de la poésie ou de la musique, génies de dimension internationale. En font partie Frédéric Chopin ou le Maître auteur du triptyque de l’église Mariacki à Cracovie, Veit Stos. 

Ce n’est pas un hasard si j’ai cité ces deux noms à l’orthographe étrange pour les Polonais. Car ils montrent que la culture polonaise a une forme différente de celle des autres pays et peuples européens. Car l’héritage de cette partie de l’Europe s’est constitué, comme l’Etat polonais lui-même, au croisement d’un grand nombre de traditions nationales et culturelles, au croisement de presque tout l’héritage de la civilisation européenne. Et sa plus grande valeur n’est pas son homogénéité, mais ce dialogue créateur d’éléments complètement étrangers les uns aux autres : latins, byzantins, polonais, russes, germaniques, romans, valaques, juifs, nordiques, tatares et même caucasiens. 

Cette culture est un phénomène qui n’a trouvé qu’aujourd’hui son équivalent dans le dialogue global des cultures, dans l’interpénétration, le mélange et la transformation de toutes les civilisations du monde moderne. La culture polonaise a connu cette alchimie avec quelques siècles d’avance, malheureusement trop tôt, à l’époque où commençait parallèlement à se former l’idée politique nationale qui lui était complètement opposée. Nous avons connu sa sanglante apogée sur les champs de bataille de la Première et de la Deuxième Guerre Mondiale. Nous vivons aujourd’hui dans l’espace politique de l’Union Européenne, si semblable à la structure de la République des Deux Peuples qui existait à la Renaissance, Etat commun aux Polonais, Lituaniens, Lettons, Estoniens, Biélorusses, Ukrainiens, Valaques, Arméniens, Tatares, Allemands et Juifs. 

C’est justement cette richesse des cultures qu’a une fois encore réunie et mêlée dans son art Adam Stalony-Dobrzański, peut-être le dernier artiste de l’ancienne République, fils d’un Polonais et d’une Ukrainienne, qui unissait en cela les deux principaux héritages de la civilisation européenne, le latin et le byzantin. Paradoxalement cependant, son archaïsme est très moderne, puisque si proche de la globalisation contemporaine. Et pourtant non, il n’en est pas proche, car le globalisme contemporain a pris il y a un certain temps une autre voie, beaucoup plus simple. La voie non du dialogue des cultures mais de leur remise à zéro, de leur perte et de la rencontre dans le désert brûlé et stérile ainsi créé. Cette méthode peut être géniale ou bien fatale pour l’homme en tant que tel qui, disposant aujourd’hui de la puissance atomique, ne devrait pas retourner intellectuellement à l’âge de pierre. 

Acceptons donc l’idée qu’Adam Stalony-Dobrzański précède non seulement son siècle, celui des nationalismes exacerbés, mais aussi notre époque. Il est le prophète d’une époque que nous attendons encore. D’une époque de richesse intellectuelle, artistique et spirituelle née de la somme des expériences culturelles de toutes les civilisations et de tous les peuples de la terre. 

Le postulat est un peu naïf aujourd’hui. Mais pourtant cet homme, resté toute sa vie dans l’ombre du goulag et d’Auschwitz, a réussi à créer une conjonction de toute la culture et de toute la spiritualité européenne. Et voici que la mystique byzantine de l’icône épouse ici le caractère monumental et la puissance des cathédrales du gothique latin. Les canons éternels de la peinture antique, médiévale et Renaissance prennent possession de l’extrême laconisme du cubisme contemporain, de l’abstraction et de l’avant-garde.

Adam Stalony-Dobrzański est pour la peinture, comme Chopin pour la musique et Veit Stoss pour la sculpture, l’artiste le plus polonais qui soit, et en cela le plus global. Sa révélation tant mystique qu’artistique est proche de chaque homme, à quelque cercle culturel qu’il appartienne. Et la grandeur et la puissance de cette révélation se révèlent dans l’étonnante simplicité de ses oeuvres. Lisibles pour chacun, tant pour le spectateur exercé que pour celui qui est moins préparé. 

Le connaisseur de l’Orthodoxie retrouve dans les travaux de l’artiste l’image perdue de l’icône primitive, celle qui a existé jusqu’à l’époque de l’iconoclasme byzantin qui aux VIIème et VIIIème siècles détruisit presque tout l’art du christianisme ancien. Une icône que nous ne connaissons plus, qui n’est pas une consolation, comme nous la souhaitons aujourd’hui, mais une flamme du buisson ardent dans lequel se révèle la puissance du Seigneur des Armées.

En effet nous ne connaissons pas, en général, l’histoire de cette destruction meurtrière et totale que fut la grande guerre civile de l’iconoclasme qui déchira l’Empire Byzantin au haut Moyen-Age. Cette Révolution marqua pour l’Empire le début de la perte des terres infinies d’Asie, dont la Terre Sainte, la naissance et le développement de l’Islam, et plus tard les croisades et la chute finale de l’Empire. Qui a médité sur le fait que cette « stupide » guerre de l’icône avait pu être à l’origine des Croisades occidentales et même de l’apparition de la civilisation musulmane ? 

L’art est en effet pour nous depuis si longtemps une décoration superflue, un moment de repos, un joli bibelot, éventuellement un placement de capitaux. Mais qu’il soit le levain d’une guerre, de la chute ou de la naissance d’une civilisation ? Cela n’est pas concevable. Mais la France est-elle concevable sans cathédrales médiévales, sans architecture médiévale, sans art ni sculpture gothique, sans vitraux, sans Montmartre et sans le Musée du Louvre ? Car ce sont eux qui sont la France aux yeux du monde. Sans eux ce pays n’aurait aucune valeur authentique pour personne. Comme l’Egypte sans pyramides ne serait au plus qu’un sanctuaire pour les amateurs de crocodiles. L’art et la culture sont aujourd’hui les cartes de visite des peuples, leur recette pour le développement et la richesse, leur alibi pour une digne place dans le concert des nations. 

L’art peut donc représenter une immense force. Grandis sur le terreau de la civilisation grecque, nous avons transmis les clés de l’humanité à la connaissance intellectuelle, c’est-à-dire à la philosophie et à la littérature. C’est la parole et non l’image qui est devenue le fondement de la connaissance. Mais pourtant, les yeux représentent 90% des sens de l’homme. C’est justement avec les yeux que nous connaissons le plus pleinement notre univers. C’est à partir des observations de Copernic qu’a commencé une nouvelle époque pour l’humanité. C’est de cette conscience qu’est née, vers le Vème siècle de l’ère chrétienne, la grande idée de l’ICÔNE, une image qui montre visuellement à l’homme l’ordre du monde. La parole et la description sont bons mais ne suffisent pas. L’homme veut voir sa mère, son amante, sa femme. Il veut aussi voir son Dieu, qui pourtant est invisible. 

C’est vrai, on ne peut pas voir Dieu, mais au XVème siècle André Roublev, mille ans après la naissance de l’icône, nous a permis de voir de nos yeux toute la Sainte Trinité. Et ce n’est pas une métaphore, car cette image est l’authentique révélation de l’harmonie parfaite, de l’unité et de la beauté qui sont l’émanation du Dieu trine. 

Roublev est venu nous montrer la Sainte Trinité, Adam Stalony-Dobrzański vient à nous avec notre propre portrait. Avec l’image de l’homme transfiguré, né à nouveau, cette fois-ci à la vie éternelle. Ses vitraux peints avec les rayons du soleil révèlent des personnages et des visages d’hommes lumineux, aux traits puissants et parfaits, divins. Sous le pinceau de l’artiste on peut apercevoir les fils du Dieu Vivant dans la plénitude de leur nature divine oubliée. Retrouver l’espoir qui nous manque tant aujourd’hui dans les incessantes catastrophes de la modernité. 

Et c’est justement la raison pour laquelle nous vous présentons l’art révélé de cet artiste. Nous avons tant de choses aujourd’hui, nous avons les fusées, la génétique et les banques, mais en revanche nous n’avons pas notre humanité, que nous avons perdue sans retour dans l’incessante Danse Macabre du combat total de tous contre tous pour tout. Adam Stalony-Dobrzański, témoin de cette Apocalypse générale de notre époque, s’est retiré dans le désert de sa peinture mystique, où il a retrouvé l’autre dimension de l’homme, sa dimension divine. Il l’a vue et il l’a peinte, pour que nous puissions la voir nous-mêmes de nos yeux, et non en théorie. Pour que nous sachions ce que nous poursuivons sur Terre, pour que nous connaissions ce qui viendra nous perdre. 

Cela a déjà existé sur la terre des Francs, quand l’homme élevait d’immenses cathédrales, quand il capturait le coucher de soleil dans des carreaux de verre coloré. Après plusieurs siècles, le travail des maîtres anonymes du gothique français a été repris par un artiste venu d’Orient, un maître de l’icône, qui l’a élevé au plus haut niveau, au niveau universel. Il a construit une Cathédrale de Lumière, unique et mystique. La maison commune de l’Homme transfiguré par la lumière du Thabor et de son Père Céleste.

 

 


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